Home Associations partenaires et groupes amis Inquiétudes et protestations dans les établissements français : Le point de vue d’un responsable syndical enseignant : où va l’AEFE ?

Inquiétudes et protestations dans les établissements français : Le point de vue d’un responsable syndical enseignant : où va l’AEFE ?

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L’Agence va mal, les restrictions budgétaires imposées par Bercy la contraignent à réduire, chaque année un peu plus, son volume d’enseignants titulaires détachés.

Après le passage de l’Inspection générale sur le sol tunisien, nous avions pris contact et discuté avec l’administration pour que nos écoles et lycées, dans une période post- révolutionnaire troublée, ne soient pas touchés par les coupes sombres budgétaires qui succèdent généralement aux audits. L’administration locale s’était engagée avec nous pour préserver l’existant.

Dans un premier temps nous avons été relativement épargnés.

Mais cette année, les mesures de restriction que nous redoutions sont tombées.

Ce n’est pas moins de 6 postes budgétaires qui viennent d’être supprimés, ceci alors qu’on assiste à une expansion du réseau, à la construction d’un nouvel ensemble (collège + école primaire) à Sousse, et à une profonde restructuration du lycée Gustave Flaubert. En plus des suppressions, la Commission d’Orientation Stratégique prévoit, sur la période 2014/2017, la création de 17 nouveaux postes sur l’établissent régional de La Marsa. Avec à la clé, pour toutes ces ouvertures, aucun poste budgétaire. Aucun !

Nous avions assisté, impuissants, à la suppression des enseignants expatriés, aujourd’hui ce sont les résidents qui disparaissent progressivement. Cette paupérisation en cascade ne peut avoir que des effets nocifs sur la qualité de l’enseignement et donc sur l’image de l’école française en Tunisie.

Refonder l’école est pourtant devenu une priorité, à l’étranger aussi !

La transformation de l’école s’impose comme une nécessité absolue et l’enseignement français à l’étranger ne devrait plus l’ignorer. Il ne peut davantage se contenter d’en suivre les évolutions… toujours avec retard. Le public de nos écoles a considérablement évolué ces dix dernières années. Les élèves en difficultés scolaires sont de plus en plus nombreux et le handicap, conformément à la loi, est entré dans nos classes. En France, les enfants en difficultés sont pris en charge par des réseaux d’aide et des enseignants spécialisés, le suivi individualisé des élèves et le travail en équipe sont favorisés avec « plus de maîtres que de classes ». Ici, en Tunisie, il n’en est rien. Paradoxalement, alors que le métier devient de plus en plus technique et nécessite une compétence professionnelle accrue, l’AEFE continue de supprimer des postes de titulaires formés et en capacité de répondre plus efficacement à cette nouvelle conjoncture.

L’AEFE, au lieu de renforcer sa mission de service public d’Education à l’étranger et de recevoir de l’Etat les moyens nécessaires pour y parvenir, est obligée de le dégrader. Son budget, notoirement insuffisant, ne cesse de diminuer.

Lors des derniers Conseils d’établissements extraordinaires, pour entériner ces suppressions : syndicats d’enseignants, associations de parents d’élèves, conseillers consulaires, ont fait bloc pour dénoncer cette précarisation du service public. Ils ont demandé à l’AEFE qu’elle revienne sur ces mesures arbitraires.

Pour nous tous, l’objectif n’a pas changé, il nous faut redynamiser notre réseau, réorganiser notre dispositif d’intervention, réinvestir les moyens humains indispensables à notre action.

Ce sont les enseignants qui sont au centre de l’école et du projet de société éducative au service de l’enfant que nous défendons !

Thierry Leydet

Responsable SE-UNSA Tunisie (Syndicat des Enseignants de l’Union Nationale des Syndicats Autonomes)