Jeudi, 24 Mars 2016

Les familles sont fortement attachées à ce système d’éducation français. Nous le constatons chaque année, tant sur les demandes croissantes d’admission que sur l’implication des familles dans les 10 établissements de Tunisie réunis au sein de l’APEESFT (association de parents d’élèves des établissements scolaires français de Tunisie), qui a fêté ses 50 ans l’année dernière. Nos parents s’investissent au quotidien pour le bien des enfants.

Nous avons la chance en Tunisie, sans doute parce que l’APEESFT est la seule association de parents, d’avoir une collaboration réelle entre parents élus et « école » (administrations et enseignants), et même si parfois nous ne sommes pas d’accord, le dialogue est transparent, fluide et constructif. Nous débattons, soit dans nos écoles, soit dans les instances définies par l’Éducation nationale.

Aujourd’hui, les parents font face à une augmentation des frais de scolarité, certes maitrisée (6,5%), mais incessante et oppressante pour beaucoup. En effet, lorsque nous inscrivons notre enfant dans ce système auquel nous tenons, nous nous engageons pour 14 ans. L’augmentation annuelle conduit à ce que certaines familles n’arrivent plus à faire face, d’autant que majoritairement, nous avons des fratries. Certains diront que les bourses d’aide à la scolarité existent, mais nous représentons toutes les familles, et les familles tunisiennes ne peuvent en bénéficier.

L’histoire entre les familles et l’enseignement français en Tunisie est ancienne et grande, souvent les parents sont eux-mêmes issus de ces établissements, nous craignons qu’un jour nous n’arrivions à une sélection totale par l’argent et que ce lien, cette filiation culturelle, soit finalement rompu. Nous rencontrons sur le terrain des familles en réelle difficulté depuis 2011 et nous peinons souvent à trouver des solutions pérennes.

La suppression des postes résidents et expatriés est souvent ressentie par les parents comme un désengagement de l’AEFE. En lien rapproché avec notre fédération, la FAPEE, nous sommes conscients des contraintes qui pèsent sur le budget de l’Agence, mais les parents les éprouvent directement par les sacrifices qu’ils consentent pour mettre leurs enfants dans les établissements français dont ils partagent les valeurs et le souci de l’excellence pour tous.  Nous ne remettons en aucun cas en cause les compétences des titulaires de contrats locaux, mais soyons réalistes, avons-nous les moyens humains de les encadrer suffisamment ? Même si aujourd’hui nous avons encore une part importante de résidents, nous sommes en droit d’être inquiets, le réseau Tunisie est l’un des plus développés.

La sécurité est également au cœur des inquiétudes des parents. Des travaux ont été réalisés dans toutes les écoles, des rencontres avec les parents ont été organisées afin d’informer et de rassurer, néanmoins nous avons encore beaucoup de familles qui nous contactent à ce sujet. Même si nous savons que le risque zéro n’existe pas, il y a encore malheureusement des dysfonctionnements, que nous n’aborderons pas ici, mais que nous signalons à nos directeurs et directrices qui sont à l’écoute.

Un autre sujet sur lequel les APE travaillent au sein du comité directeur, c’est la prise en charge des enfants à besoins spécifiques. Depuis dix ans, les élèves « différents » ne sont plus déscolarisés.  Cela a permis à bon nombre d’entre eux de poursuivre leur scolarité en milieu ordinaire avec une prise en compte de leurs besoins spécifiques, visant à  améliorer leurs acquisitions et leur socialisation. Cela  a également  permis  aux familles d’envisager un projet d’avenir pour leur enfant «différent», plus sereinement, en étant assurées de la stabilité de sa scolarisation . Les progrès réalisés sont notables et ont été obtenus grâce à la volonté de chacune des parties constituant la communauté scolaire. Il a fallu beaucoup de détermination pour en arriver là. Il reste encore beaucoup à faire. Le comité directeur a financé une formation pour les auxiliaires de vie scolaire ainsi qu’une formation pour les enseignants de PMF.

Les défis sont de plus en plus grands et les enjeux de plus en plus importants. Les parents sont plus que jamais engagés dans leur mission d’œuvrer à l’amélioration de la vie scolaire des établissements.

Manel Dridi

Présidente du comité directeur de l’APEESFT

Vice-présidente de la FAPEE